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Joumblatt à « L’OLJ » : La proportionnelle est incompatible avec le régime confessionnel

Loi électorale

Samir Geagea réitère son opposition catégorique au mode de scrutin soutenu par le Hezbollah.

Yara ABI AKL

Si les débats autour de la loi électorale se poursuivent, ils semblent buter encore sur la proportionnelle intégrale à laquelle s’attache le tandem Amal-Hezbollah et s’oppose le reste des formations politiques.
S’exprimant à l’issue d’une rencontre avec l’ancien président de la République Émile Lahoud, Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, a réitéré l’attachement de sa formation à la proportionnelle, estimant qu’« il est important qu’une nouvelle loi électorale axée sur la proportionnelle voie le jour et jette les bases d’une nouvelle phase de stabilité ».
Le cheikh Nabil Kaouk, membre du conseil politique du parti chiite, a estimé de son côté que le débat autour du nouveau code devient de plus en plus complexe. Selon lui, « cela s’explique par l’attachement des formations politiques à leurs positions respectives dans ce domaine ».
C’est dans un entretien accordé à L’Orient-Le Jour que le chef du Parti socialiste progressiste (PSP), Walid Joumblatt, a répondu à ces affirmations, sans pour autant pointer ouvertement un doigt accusateur en direction de la formation de Hassan Nasrallah. « La proportionnelle est incompatible avec un régime confessionnel », a-t-il déclaré avant de poursuivre : « Pour des raisons de compromis “à la libanaise”, j’ai accepté une formule médiane et j’ai présenté à Nabih Berry (le président de la Chambre) mes idées concernant la circonscription Aley-Chouf, parce que je ne voudrais pas me mêler des autres localités. »
Commentant les efforts déployés actuellement en vue de l’adoption d’un nouveau code électoral, M. Joumblatt a estimé qu’« on est devant l’équation suivante : soit la proportionnelle intégrale, soit le vide total ». « Je suis l’un de ceux qui s’opposent à la proportionnelle, mais il faut faire attention au jeu du vide total », a lancé le leader druze.

Le « non » catégorique de Geagea
Tout comme Walid Joumblatt, le leader des Forces libanaises (FL), Samir Geagea, s’oppose catégoriquement à la proportionnelle intégrale. Dans un entretien accordé au site web des FL, M. Geagea a déclaré sans détour : « Nous refusons la proportionnelle intégrale, qu’elle soit au niveau d’une circonscription unique, de treize ou quinze circonscriptions. » « Ce mode de scrutin favorise la résurgence de la démocratie du nombre qui va à l’encontre de l’esprit de l’accord de Taëf (qui stipule le respect de la parité islamo-chrétienne) et du pacte national », a-t-il noté, estimant que la formule mixte est celle qui bénéficie de l’aval de la majorité des formations politiques. Il s’est interrogé aussi sur les raisons de l’échec à mettre sur pied le nouveau code.
Dans une déclaration à Radio Liban libre, samedi, le chef des FL a fait savoir que son parti s’est prononcé en faveur de la dernière version de la formule mixte présentée par le chef du courant aouniste, Gebran Bassil, il y a une quinzaine de jours, « dans la mesure où elle répond aux aspirations de (presque) toutes les formations politiques et assure la bonne représentativité ». Selon Samir Geagea, « la proportionnelle intégrale ne permet pas de rectifier la représentativité, quel que soit le nombre des circonscriptions ».
Expliquant la position de son parti, un cadre FL souligne à L’OLJ que son parti « ne cédera pas aux caprices du Hezbollah qui voudrait exercer une mainmise sur le pays ». « Nous n’avons pas mené de grandes batailles pendant plus d’une décennie pour adopter un texte semblable à la loi de 1960 (en vigueur) », a-t-il noté.

adikteev

Divergences CPL-Hezbollah
Du côté du CPL, c’est lors d’une tournée à Zahrani (grand fief de Nabih Berry) que Gebran Bassil a répondu à l’attachement du tandem chiite à la proportionnelle intégrale. « Évoquer la proportionnelle intégrale suppose des conditions préalables », a-t-il lancé, avant de poursuivre : « On ne peut pas parler d’un système laïc à l’heure où les instances religieuses refusent un nouveau statut personnel et s’opposent au mariage civil. » « De qui se moque-t-on en plaidant pour des formules aconfessionnelles, à l’heure où l’on refuse d’opérer ces changements cruciaux? » s’est interrogé le chef du CPL.
M. Bassil a également réitéré son opposition au vide, à la prorogation de la législature et au retour au texte de 1960, invitant ceux qui s’opposent à ces trois options à se prononcer en faveur de l’une des propositions de loi électorale actuellement à l’étude dans les milieux politiques. En dépit de ce paysage complexe, le bloc du Changement et de la Réforme reste optimiste quant à une prochaine adoption du code électoral. C’est à la faveur de cette logique que Ziad Assouad, député de Jezzine, a déclaré à la Voix du Liban (93,3) que le nouveau code verra le jour prochainement.
De son côté, Salim Salhab, député aouniste du Metn, s’est montré plus réaliste : « La formule mixte est la solution possible », a-t-il souligné à la Voix du Liban (100,3 et 100,5), indiquant que Gebran Bassil attend toujours les réponses à la toute dernière formule qu’il a proposée.