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Vertiges

 

Magnifique réveil citoyen que celui de ces dizaines de milliers de Libanais, samedi, place des Martyrs. Une place balayée par un tsunami de revendications portées à bout de pancartes. Une foule diverse et bigarrée, poussée dans la rue non pas par un parti ou une alliance politique, une fois n’est pas coutume, mais par les émanations de bennes vomissant leurs ordures. Une foule unie dans un ras-le-bol d’une classe politique jugée, comme un seul homme, incompétente et corrompue.

Beaucoup de revendications ont été lancées place des Martyrs samedi : de l’eau et de l’électricité, l’accès à la santé, l’élection de députés et d’un président, des emplois, un avenir, la résolution de la crise des déchets, la fin du confessionnalisme politique, la démission d’un ministre, de deux, voire de tous… Finalement, derrière ce flot de demandes, il y avait une même exigence : le respect, la reconnaissance, par le pouvoir et ses affidés, des droits des citoyens.

À ce sursaut citoyen, la classe politique, dans une rare unanimité, a répondu en prenant la tangente.

Il y a ceux qui font leur mea culpa, tout en prenant bien soin de n’avancer aucune piste pour une sortie de crise. Pourquoi s’exposer ?

Ceux qui renvoient la faute sur les autres : l’exécutif est à l’origine de la crise, dit un député autoprorogé. Tout est la faute du Parlement, rétorque un ministre, responsable devant la Chambre.

Ceux qui brandissent leur CV, estimant que leurs quelques mois seulement passés au sein du cabinet les exemptent de toute responsabilité.

Ceux qui sont convaincus de ne pas être visés par la colère citoyenne, parce qu’ils partagent avec les manifestants une de leurs revendications.

Ceux qui, se posant en « véritables réformateurs », accusent le collectif de la société civile « Vous puez ! » de les avoir spoliés de leurs idées.

Ceux qui font le tri et ne retiennent des requêtes des manifestants que celles qui les arrangent.

Ceux qui appellent les manifestants à avoir des demandes « claires et réalistes », quand ils sont incapables, eux-mêmes, de proposer une politique répondant aux mêmes critères.

Ceux, enfin, qui pensent s’en sortir en dégainant leur arme fatale pour gagner du temps et noyer le poisson : le dialogue.

Seule mesure concrète prise lundi : le ministre de l’Environnement Mohammad Machnouk, principal concerné par la crise des déchets, a décidé de se retirer de la commission ministérielle chargée dudit dossier. Il n’a néanmoins pas démissionné de son poste au gouvernement.

Il va en falloir du souffle, aux citoyens indignés, pour rester mobilisés jusqu’à ce que la classe politique se hisse à leur hauteur.