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Salam : « Nous rejetons totalement l’implantation des réfugiés syriens au Liban »

En marge de la 71e session de l’Assemblée générale de l’Onu, L’Orient-Le Jour a rencontré, à la mission du Liban à New York, le Premier ministre Tammam Salam. L’interview a eu lieu à l’issue de son intervention à l’événement parallèle coprésidé et co-organisé par le Liban avec pour objectif d’explorer la dimension régionale des grands mouvements migratoires, notamment au Moyen-Orient, et avant de rencontrer le secrétaire général de l’Onu, Ban Ki-moon.
Dans cet entretien, le Premier ministre se penche sur ses différentes rencontres et discussions bilatérales avec les leaders mondiaux durant son séjour à New York. Il exprime son inquiétude sur l’avenir du pays « en danger », mais garde toutefois espoir, car « le Liban est un exemple de coexistence ».

Votre plaidoyer devant la communauté internationale, « mon pays est en danger », avez-vous lancé, semble avoir secoué certains leaders mondiaux. Le président français François Hollande a indiqué que la France met tout son pouvoir pour venir en aide au Liban en discutant notamment avec le président iranien Hassan Rohani et aussi avec le vice-prince héritier d’Arabie saoudite Mohammad ben Salmane, en vue de faciliter l’élection d’un président. Cet appel sera-t-il entendu?
« Au niveau politique, nous considérons que la crise politique au Liban se manifeste dans l’incapacité d’élire un nouveau président. Oui, nous discutons de ce sujet avec tout le monde parce qu’on nous le demande. Il est certain qu’il s’impose partout. Ce n’est pas la première fois que le président Hollande essaie de nous aider. Il a même effectué une visite personnelle au Liban, au mois de mai, pour récolter plus d’informations de toutes les factions politiques. Il est clair que notre pays a toujours été influencé par les événements régionaux et internationaux. Et c’est pour cela qu’il ne faut pas rater l’occasion avec tous les amis du Liban. Le président Hollande a dit à plusieurs reprises que le Liban était toujours dans ses pensées. Pour lui et aussi pour la France, le Liban reste une question très importante.
« À chaque fois qu’il y a une rencontre avec le président Hollande, ce sujet revient sur le tapis. Il nous informe des progrès, s’il y en a, en plus de ses souhaits personnels de pouvoir faire des progrès. Il faut aussi ajouter ici que la France s’intéresse à organiser une réunion du Groupe international de soutien au Liban (GISL), à Paris, dans les prochains mois, pour lancer un nouveau message à travers le monde dans le but d’aider le Liban qui fait face à de grands problèmes économiques aussi bien que politiques. »

Le Liban est-il vraiment menacé de disparition comme d’aucuns le disent ici ? Cette menace plane-t-elle du fait – comme vous l’avez relevé devant la communauté internationale – du grand nombre de nouveau-nés syriens au Liban, en particulier en 2016 ?
« C’est clair, l’impact économique de l’afflux de réfugiés est lourd. Le pays est déjà endetté et lutte pour ne pas aggraver le montant de sa dette. Face au lourd fardeau des réfugiés, le Liban doit être aidé et soutenu par des moyens financiers internationaux. Le Liban va-t-il disparaître ? Ce n’est pas facile qu’il disparaisse. Mais il peut aller peut-être vers une situation d’État failli, si on n’arrive pas à trouver des lois et ou même des mesures pour premièrement élire un président, faire fonctionner le Parlement, qui ne se réunit qu’une fois par an au lieu d’au moins trois fois par semaine. Il faut aussi que le Conseil des ministres soit remis en état pour diriger le pays. Si le Conseil des ministres ne se réunit qu’une fois, s’arrête, ne s’accorde que sur de petites choses et ne traite pas les grandes questions, le résultat ne peut nécessairement être que plus négatif. Je le répète à chaque occasion depuis deux ans : le vide présidentiel et l’incapacité à élire un président de la République sont des éléments négatifs qui ne cessent d’aggraver la situation. »

Vous avez eu de nombreuses rencontres avec des dirigeants mondiaux ? Quelle synthèse faites-vous de ces rencontres? Y a-t-il une lueur d’espoir ?
Nous avons rencontré de nombreux responsables internationaux, notamment Mme Federica Mogherini (UE), le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président Mahmoud Abbas, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, les Premiers ministres australien, suédois, et bien d’autres. Toutes ces rencontres s’inscrivent dans le cadre de notre combat pour éclairer sur une situation que tous connaissent, et pour qu’on ne nous dise pas que nous n’avions pas tiré la sonnette d’alarme. La situation au Liban est très difficile, dans un contexte régional où l’on voit s’effondrer des États et même des peuples. Le pays est arrivé à deux reprises à une situation de rupture. En 1989, il a été sauvé à Taëf, et en 2008, à Doha. Mais malheureusement, avec la situation régionale et internationale si instable, il n’est pas facile de trouver les moyens d’établir une conférence pour aider le Liban.
C’est pour cela que nous avons besoin de rencontrer chaque leader pour lui expliquer la situation. Je sais bien que la plupart d’entre eux ont des sentiments positifs à l’égard du pays. Le Liban est un exemple de coexistence très important dans le monde, il doit être soutenu pour préserver ce modèle. J’espère donc aussi que les Libanais eux-mêmes arrivent à réaliser l’importance de surmonter leurs différences et leurs intérêts personnels, et que les factions politiques mettent de côté leurs intérêts particuliers pour se porter sur l’intérêt national.

En ce qui concerne la réinstallation des réfugiés syriens dans d’autres pays, avez-vous obtenu des engagements précis ? Et ce notamment sur la possibilité de ramener les réfugiés dans des zones sûres en Syrie ?
« La question des zones sûres en Syrie ne se matérialise pas jusqu’ici. On en parle beaucoup, mais rien de concret ne sort de ces discussions. »

Y a-t-il un risque d’implantation des réfugiés syriens au Liban ?
« Non, l’implantation est une option qui n’existe pas du tout pour nous. Elle n’est acceptable par aucun Libanais. Lors de l’une des rencontres hier, nous avons suggéré de mettre en place un mécanisme pour le retour des Syriens en Syrie. Pour cela, il faut que l’Onu commence à entreprendre des démarches en créant des comités pour étudier sérieusement les étapes nécessaires en vue d’établir les voies nécessaires pour leur retour dans leur pays. Personnellement, je suis sûr que quand l’occasion se présentera, les Syriens voudront rentrer chez eux. Parce que c’est un peuple abattu, déchiré. On a créé, à certains moments, de fausses impressions laissant penser que ces Syriens allaient devenir des activistes et nous heurter. Ce qui n’est pas vrai. Ce sont des personnes faibles, des déracinés qui mènent une vie difficile. »

Un dernier mot à ajouter ?
« Nous avons toujours besoin de continuer à lutter, de continuer à exposer notre cas par tous les moyens et partout où nous trouverons quelqu’un qui peut être intéressé à nous aider. »